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Le cannabis

La consommation de cannabis est une question de société brûlante qui anime les débats publics depuis de nombreuses années. A son propos circulent beaucoup d'informations souvent incomplètes et parfois fausses. Face à ce flou tant légal, scientifique que médiatique, tu as sûrement de la peine à t'y retrouver. De plus, tu as peut-être été confronté un jour à des situations concrètes de consommation ou tu as été personnellement tenté de fumer un joint. C'est pourquoi, nous te proposons d'y remettre un peu d'ordre afin d'éclaircir les zones d'ombres encore existantes. Ces informations te seront utiles pour prendre le moins de risques possible dans les situations où tu serais amené à consommer du cannabis. Allez, il est l'heure de faire tomber ce tabou on ne peut plus solide: celui du cannabis.

Historique

Le chanvre indien (cannabis Sativa) est l'une des plantes les plus anciennement cultivées par l'homme. L'origine géographique du cannabis n'est pas vraiment établie. Pour certains, le cannabis est d'origine des plaines de l'Asie centrale dans le secteur du lac Baïkal, d'autres pensent que la plante du cannabis provient de la région du fleuve Jaune en Chine, ou encore des versant indien et chinois de l'Himalaya.

Quel que soit son pays d'origine, les cultivateurs de chanvre exploitaient les fibres du cannabis pour fabriquer du papier, des cordages et même des textiles et des toiles. Puis les propriétés psychotropes du chanvre ont été découvertes ainsi que ses vertus thérapeutiques et anesthésiques. En Inde, le chanvre faisait partie des cinq plantes magiques utilisées dans les rituels religieux et ses graines étaient pressées pour faire de l'huile. La culture et l'usage du chanvre se sont répandus très rapidement sur tous les continents.

Le cannabis, c'est quoi?

Marie-jeanne, ganja, kif, beuh, weed, herbe, marijuana, haschisch, hash, teuch, shit, la palette des noms est vaste pour désigner le cannabis. Mais en fait le cannabis, c'est quoi?

La plante

Le cannabis se décline en trois variétés: cannabis sativa, indica et ruderalis. Officiellement il n'existe qu'une seule espèce, le cannabis sativa, car ces trois variétés ne sont pas assez différentes pour former des espèces.

Le cannabis est le nom latin du chanvre. C'est une plante qui mesure entre 1 à 3 mètres. Elle comporte de nombreuses feuilles palmées et des petites fleurs de couleur verte. Le chanvre est une plante résineuse qui permet de produire le haschich et l'huile de cannabis.

En chinois le chanvre se dit «Mâ» ce qui signifie «plante à deux sexes», à la fois mâle et femelle. En français, on appelle ça une plante dioïque. Les plantes femelles produisent des fleurs contenant plus de THC que les plantes mâles.

Le THC

Le chanvre est une plante psychotrope qui contient plus de 420 composants. La principale substance psychoactive étant le THC (delta-9 tétrahydrocannabinol). Selon l'ISPA, la concentration en THC des plantes de cannabis a considérablement augmenté ces dernières années. Auparavant, la concentration de THC se situait entre 0,5% à 7% suivant la variété de cannabis. Aujourd'hui, avec l'évolution des techniques de culture, cette teneur en THC peut atteindre jusqu'à 30%. Quant à la marijuana, elle contient en moyenne 10% de THC, mais dans des cas extrêmes elle peut atteindre 30%.

Les différentes formes du cannabis

Le chanvre est une drogue qui se présente sous différentes formes:

  • La marijuana, marie-jeanne, ganja, kif, beuh, weed, herbe est le produit des fleurs séchées et parfois de la plante. Cette substance est principalement mélangée avec du tabac et fumée sous forme de joints. Les têtes séchées de la plante (fleurs) sont mélangées à du tabac puis roulées dans une feuille de papier cigarette.
  • Le haschich, hasch, chichon, teuteu, matos, shit, teshi, bédo, charrass est le nom courant de la résine de cannabis. Le procédé de fabrication est le suivant: les fleurs sont plongées dans un récipient contenant des produits chimiques et naturels. Après avoir chauffé et malaxé ce mélange on obtient une pâte brun-vert à noire. Lorsque celle-ci se refroidit, elle se solidifie et forme le haschisch. La teneur en THC du haschich varie entre 5% et 12% mais peut atteindre plus de 30% quand il est particulièrement fort.
  • L'huile de cannabis s'extrait de la plante à l'aide de solvants. C'est un dérivé du cannabis très rare et qui peut contenir entre 20% à 80% de THC

Les types de consommation

  • La consommation expérimentale

    On parle de consommation expérimentale lorsqu'on fume pour vivre une nouvelle expérience ou par curiosité. Le groupe d'amis peut influencer le premier essai et il y a souvent le sentiment de vouloir faire comme tout le monde.

  • La consommation récréative

    On parle de consommation récréative lorsque la consommation de cannabis se fait lors d'un événement particulier et de manière occasionnelle. L'objectif étant d'atteindre l'ivresse pour se détendre, se laisser aller, et s'éclater entre copains.

  • La consommation régulière

    La consommation régulière est celle qui se fait pour rechercher un soulagement; pour oublier la réalité et ses soucis, pour se sentir mieux; pour échapper au stress, par ennui ou par rébellion. Le risque est qu'une dépendance s'installe parce que les prises de cannabis sont de plus en plus rapprochées. Plus on consomme de cannabis, plus il est probable que cela soit lié à des problèmes non résolus. Il est alors important de modérer ou d'arrêter la consommation de cannabis mais également de comprendre ce que l'on cherche à fuir et de régler d'abord ses problèmes.

Prescriptions légales

En Suisse, l'actuelle loi sur les stupéfiants date de 1951 et a été révisée pour la première fois en 1975. Cette loi classe le cannabis parmi les stupéfiants illégaux, au même titre que la morphine, la cocaïne, les hallucinogènes, les amphétamines. Son usage, sa culture, sa détention ou sa vente sont interdits et punissables. Cette interdiction concerne toute la plante, mâle ou femelle, les graines, le pollen, l'herbe, le haschich, l'huile, et quelles que soient les quantités.

Toutefois, la culture du cannabis est acceptée lorsque des entreprises habilitées utilisent les fibres et les graines de certaines variétés pour la fabrication de divers produits (boissons, textiles, cosmétiques). En pharmacologie également le cannabis est utilisé pour des soins thérapeutiques.

Certaines réglementations du cannabis au sujet de sa consommation, de sa vente et de sa production ne sont pas toujours cohérentes. Et c'est dans ce flou législatif qu'une faille se crée et que les abus surviennent. Pourtant il ne faut pas dédramatiser le cannabis, sa consommation est encore interdite et dangereuse pour la santé.

Les chiffres

Malgré son interdiction légale et les risques en matière de santé, le haschisch et la marijuana sont les drogues les plus répandues en Suisse. Les consommateurs existent en grand nombre puisqu'en 2002 une étude montre que chez les jeunes âgés de 15 ans, 50% des garçon et 40% des filles avaient goûté au cannabis (étude HBSC, ISPA).

A l'échelle planétaire le constat est le même. Une étude de l'ONU affirme que le cannabis est la drogue illicite la plus largement répandue; 160 millions de personnes en ont consommé en 2005.

Cependant il faut faire attention à la lecture de ces chiffres car cette évaluation mondiale ne reflète pas parfaitement la réalité. Il n'existe aucune méthode fiable pour évaluer une consommation illégale. De plus, on ne peut pas mettre tous les consommateurs de cannabis dans le même panier. En effet, il y a ceux qui ont essayé le cannabis une seule fois pour expérimenter ses effets et se sont arrêtés après cette première tentative. D'autres qui fument occasionnellement des joints lors de fêtes ou d'événements particuliers. Et ceux qui sont des habitués voir des dépendants des effets du cannabis car ils en consomment tous les jours. Face à cette diversité de comportements et ces différents types de consommateurs de cannabis, on aurait tort de tous les englober dans les mêmes statistiques.

Savoir dire non

Ce n'est pas être marginal de dire non ou de ne pas consommer du cannabis. Il ne faut pas avoir peur d'être jugé par tes copains si tu refuses de fumer un joint avec eux. Tu es libre de tes choix et de tes actes et personne n'a le droit de t'influencer dans le sens contraire.

Les 4 règles de base pour réduire les risques

Pour faire en sorte que tu prennes le moins de risques possible voici les 4 règles de base éditées par l'ISPA (brochure «Cannabis» Edition 2006).

  • 1ère règle: ne pas consommer quand on n'est pas bien dans sa tête. (ISPA)

    On ne consomme pas quand on ne se sent pas bien psychologiquement, que l'on déprime ou que l'on est stressé. Le cannabis ne résout aucun problème. Au contraire dans un état psychique fragile, il peut conduire à des effets négatifs: confusion, angoisse, panique et délire appelés bad trip (mauvais voyage).

  • 2ème règle: ne pas consommer dans des contextes nécessitant de la concentration et de l'attention. (ISPA)

    Ne pas consommer si tu as besoin de ton attention comme à l'école, au travail ou lors de la conduite d'un véhicule. La loi sur la circulation routière applique la tolérance zéro pour tous les stupéfiants y compris le cannabis. (Aucun pourcentage dans le sang n'est toléré).

  • 3ème règle: la fréquence de la consommation et les doses absorbées doivent rester faibles. (ISPA)

    Pour réduire le risque de dépendance, la fréquence de la consommation de cannabis doit être épisodique et les doses absorbées doivent rester faibles. Autrement dit, la consommation de cannabis ne doit pas devenir le but principal de l'existence.

  • 4ème règle: ne pas mélanger les drogues. (ISPA)

    Mélanger le cannabis avec de l'alcool, des médicaments psychotropes ou des drogues telles que l'ecstasy, c'est prendre un cocktail explosif aux effets imprévisibles.

Les effets

Lorsque le cannabis est fumé le THC passe dans le sang en quelques secondes et les effets durent entre 45 minutes et 2 heures et demie. Le cannabis modifie l'humeur, les sensations et le comportement. Les degrés ou le type d'effets que provoque le cannabis ne correspondent pas au taux de THC dans le sang comme le niveau d'ivresse correspondrait aux nombres de verres d'alcool ingurgités ou à la concentration d'alcoolémie dans le sang. Les effets du cannabis sont ainsi très variables d'une personne à l'autre. Pourquoi? Parce qu'un ensemble de facteurs influencent les effets du cannabis et cela comprend: la qualité de la drogue, la quantité de la drogue, le fréquence de consommation (consommation épisodique, récréative, régulière ou quotidienne), le mode de consommation (fumé, mangé), l'expérience du consommateur, l'état de santé physique et psychologique du moment, les conditions de consommation (contexte), la teneur en THC du cannabis.

Les effets du cannabis arrivent après quelques minutes (lorsque l'on fume le cannabis), et parfois après plusieurs heures (lorsque on le mange le cannabis). Il agit sur les sensations et les perceptions de la réalité. Lors de surdose, les personnes fragiles peuvent ressentir des hallucinations qu'on appelle dans le langage commun faire un bad trip (mauvais voyage).

Voici un tableau des effets physiques et psychiques.

Effets physiques à court terme

Effets psychologiques à court terme

Sécheresse de la bouche et de la gorge Modification de l'état de conscience, sens plus aiguisés, augmentation de la perception visuelle et auditive
Dilatation des pupilles et yeux rouge Besoin irrépressible de parler et de rire
Augmentation du rythme cardiaque modification de la pression artérielle Grande faculté d'association Détente musculaire Euphorie, excitation et désinhibition
Difficulté de concentration, allongement du temps de réaction Relaxation, sensation de détente, de légèreté et de bien-être
Troubles de la locomotion et vertiges Sentiment de communauté
Baisse de la température du corps Conscience accrue de soi
Diminution de la pression interne de l'oeil Modification de la perception du temps
En cas de surdose, vomissements et problèmes circulatoires Indifférence et détachement vis-à-vis de l'environnement
Stimulation de l'appétit Bad trip: lors de surdoses, états de désorientation, de confusion, d'angoisse, de panique et d'hallucination.

Les risques

La plupart des gens fument des joints pour le plaisir pour la détente et non pas pour les risques que le cannabis peut engendrer. Pourtant consommer du cannabis n'est jamais inoffensif. La consommation de cannabis provoque des dégâts tant physiques, psychologiques que sociaux.

Risques physiques à long terme

Risques psychologiques à long terme

Troubles pulmonaires, bronchite chronique, cancer des voies respiratoires Risque accru de troubles schizophréniques
Lésions du système immunitaire (encore à prouver) Anxiété et dépression
Troubles hormonaux (encore à prouver) Influence la motivation et la réalisation d'objectifs à long terme
Modification subtile de la mémoire et diminution de l'attention Dépendance psychologique
Risque d'une baisse de fertilité chez les hommes et de stérilité chez les femmes
Anomalie spermatique
Risque de dépendance physique
  • Les risques du cannabis

    Certaines personnes ressentent des sensations complètement différentes. Le problème avec le cannabis, c'est qu'on ne connaît pas tout. Les études mettent de plus en plus en évidence que le cannabis développe des problèmes psychiques.

  • Les risques d'accidents

    Les effets du cannabis sont incompatibles avec la conduite d'un véhicule, ou avec d'autres tâches requérant de l'attention.

  • Les risques de dépendance

    La consommation régulière de cannabis peut entraîner une dépendance physique. De plus, une dépendance psychologique doit être prise au sérieux et peut être dangereuse lorsque le cannabis est utilisé comme moyen de fuite et comme une solution illusoire aux problèmes.

Les médias et l'opinion publique

Les médias dressent souvent des constats alarmistes et surfent sur les peurs des lecteurs. A l'une des extrémités de l'opinion publique on trouve les contestataires qui tiennent un discours alarmiste en définissant le cannabis comme le plus grand fléau pour l'avenir de la jeunesse suisse. A l'autre extrémité, on trouve les défenseurs de la légalisation du cannabis affirmant que le cannabis n'est pas une drogue et qu'elle n'est pas dangereuse pour la santé.

Certaines études affirment que la consommation de cannabis chez un jeune multiplie par deux le risque qu'il développe une schizophrénie. D'autres montrent que la consommation de cannabis provoque l'échec scolaire car il entraîne notamment des troubles de la mémoire et de la concentration.

Dernière polémique en date; le test d'urine permettant de dépister des traces de cannabis que certains veulent introduire systématiquement dans les écoles. Cette méthode radicale, qui déclare la guerre au cannabis, est plus proche du «flicage» que de la prévention. Selon Michel Graf directeur de l'Institut de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA), le dépistage du cannabis n'est pas une solution, car il implique une rupture de dialogue en faisant intrusion dans la vie privée de l'adolescent. Il ajoute que «cette manière de faire est celle de la confrontation et de la suspicion».

L'opinion publique a tendance à fermer les yeux sur une réalité qui place le cannabis à la première place des drogues illicites les plus consommées au monde. Pour diminuer les dégâts du cannabis, il faut oser aborder le problème frontalement et faire circuler l'information sur ses effets et ses dangers. Evidemment que les jeunes ne fument pas tous du cannabis, mais très nombreux sont ceux qui, à l'occasion, s'en verront proposer. Alors si tu as lu cet article nous espérons que tu seras averti sur les risques de consommer du cannabis, et n'oublie pas, le cannabis n'est pas une solution à tes problèmes personnels, cela ne règle rien du tout.

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