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Pour Willy Pasini, les adolescents doivent apprendre à aimer et oser dire non

«Les ados sont accros au porno». C'est ce que titrait, il y a quelques jours, «Le Matin». La jeunesse est-elle réellement devenue addicte ou est-ce simplement le reflet d'une société hyperconnectée qui accède plus facilement à ce genre de contenu? S'il avoue que «le web a banalisé la consommation de produits à caractère érotique», le sexothérapeute Willy Pasini relativise. Pour lui, la sexualité a, de tout temps, intéressé les jeunes.

Un récent sondage montre qu'entre 13 et 16 ans, 9 garçons sur 10 ont déjà visionné un film pornographique, cela vous surprend-il?

Non, l'utilisation de la pornographie s'est banalisée sous l'effet d'internet et de l'augmentation des supports de lecture virtuels comme l'Iphone et l'Ipad. Auparavant, on devait faire face à la pression sociale pour pouvoir se procurer du matériel de ce type. Il fallait, par exemple, affronter le regard de la caissière du kiosque pour s'acheter un magazine coquin. Actuellement, ce genre d'images sont le plus souvent gratuites et à portée de click.

Le sondage prouve que les garçons sont plus attirés par ce genre de films que les filles. Comment l'expliquez-vous?

Les filles expriment souvent un certain dégoût par rapport aux productions à caractère pornographique. Par contre, elles n'hésitent pas à parler de tout ce qui a trait à la sexualité. Dans la cour de récré, on peut, par exemple, entendre des jeunes filles traiter un de leur camarade «d'éjaculateur précoce». Les jeunes femmes sont donc au fait des choses de l'amour et osent appeler un chat un chat. Par contre, les images de la sexualité les rebutent. Elles sont moins dans l'imaginaire visuel que les garçons.

En outre, traditionnellement, les femmes sont plus portées sur le sentiment. Or, dans les films pornographiques, l'émotion n'est pas de mise. N'oublions pas que la libération sexuelle féminine est récente dans l'histoire de l'humanité. Avant l'apparition de la pilule, l'homme craignait que son épouse le trompe. Sa pire crainte? Avoir des enfants illégitimes. Il régnait, à l'époque, un grand contrôle sur la sexualité féminine. Fort heureusement, aujourd'hui, les choses ont bien changé.

Si je découvre que mon enfant consomme de la pornographie, comment réagir, en tant que parents?

Il y a plusieurs options. En réalité, chaque parent réagit différemment. Il n'existe pas de solution miracle. Ainsi, certains pères et mères préfèrent tout bonnement interdire cette pratique, qui rappelons-le est proscrite par la loi jusqu'à l'âge de 18 ans. D'autres entrent en communication franche et directe avec leur enfant. Enfin, certains préfèrent avancer masqué. Ainsi, une mère à qui sa fille, adolescente, demandait si elle avait le droit de faire une fellation et si elle-même en faisait à son père a répondu: «Quand on aime, on peut !»

Cela pose la question du sentiment amoureux. Ne faudrait-il pas aussi assurer une éducation sentimentale aux adolescents et non uniquement sexuelle?

Tout à fait. Les jeunes doivent prendre conscience que ce qui se passe dans les films pornographiques n'est pas la réalité. Il convient de leur apprendre les sentiments et de recréer le lien entre amour physique et émotion amoureuse, entre le corps et le coeur. Cela permet aussi de vaincre certaines angoisses qu'ils pourraient avoir sur leurs performances sexuelles car les prouesses que réalisent les acteurs pornographiques ne sont que pures fictions et, en aucun cas, imitables dans une vraie relation amoureuse. Il faut, également, apprendre aux jeunes gens et aux jeunes filles à dire non. Leur corps leur appartient.

Quel impact le visionnement de films pornographiques a-t-il sur le comportement sexuel des adolescents?

Il peut entraîner une augmentation de la masturbation. Pratique, qui en soi n'est pas grave, l'adolescence étant une période propice à la découverte de soi. Là où ce comportement devient dangereux, c'est lorsque le jeune homme devient dépendant, qu'il se sent obligé de se masturber tous les après-midis, à la place de faire ses devoirs.

Finalement, faut-il avoir peur de cette banalisation du X?

Non, en tout temps, l'adolescent a désiré en savoir plus sur la sexualité. N'oublions pas qu'il est curieux de nature. De plus, lorsque, quelques années plus tard, ils entrent dans la sexualité, l'immense majorité des jeunes va, naturellement, diminuer sa consommation de films pornographiques.

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