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Le virtuel plus dangereux que le réel?

Entre vols de données et atteintes à la vie privée, Facebook fait souvent la une des journaux. Faut-il dès lors craindre le réseau social? Claire Balleys, sociologue à l'Université de Fribourg et spécialiste du sujet, nous fournit quelques pistes pour mieux sécuriser son compte.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune utilisateur de Facebook?

Il ne faut pas que l'adolescent considère et utilise le réseau social comme une zone de non-droit, où il peut dire ce qu'il veut en toute impunité. Il convient de lui apprendre à limiter ses publications à ses amis et à protéger son compte. Etre ami avec son enfant ne suffit pas pour contrôler ses pratiques et usages car il est très facile de choisir à qui s'adresse un poste et de bloquer, par exemple, son père ou sa mère.

Comment protéger sa vie privée?

Pour un adolescent, protéger sa sphère personnelle a peu de sens car ce qui va le rendre populaire auprès de ses camarades c'est de pouvoir leur montrer et leur prouver qu'il a des amis qui l'aiment, qui lui sont fidèles et avec qui il est intime. Il va plutôt chercher à protéger sa vie privée vis-à-vis des adultes. Et il y parvient souvent parfaitement bien.

Comment expliquer le succès de ce réseau auprès des jeunes?

La manière dont Facebook est pensé et créé colle tout à fait à la sociabilité adolescente. Cet outil permet de gérer son portefeuille relationnel de manière collective et participative. Les amis deviennent un public qui valide ou sanctionne les relations d'amitié et d'amour. Les phénomènes d'exclusion et de harcèlement ont toujours existé à l'école, mais aujourd'hui leurs conséquences se sont démultipliées du fait de l'aspect public de Facebook - tous les membres d'une école peuvent participer à la campagne de dénigrement d'un élève ? mais aussi de par son aspect privé et clanique - les adultes en sont exclus.

Faut-il s'inquiéter de voir des jeunes de 6 à 12 ans déjà sur Facebook?

Il ne faut pas les laisser seuls face à cet outil. Si le parent souhaite autoriser son enfant à l'utiliser, il faut qu'il soit capable d'ouvrir avec lui un dialogue sur ce qui s'y passe. Je déconseille d'installer un ordinateur dans la chambre mais plutôt au salon ou dans une pièce collective. Sinon, le bambin peut se retrouver très isolé face à des contenus potentiellement choquants.

Claire Balleys sociologue

Finalement, que pensez-vous de Facebook ? Que retirez-vous de positif?

Le réseau social est utilisé avant tout par les ados pour se dire qu'ils s'aiment. On y retrouve quantité de déclarations d'amour et d'amitié. Le ton est souvent très sentimental. Néanmoins, derrière cette douceur se cache beaucoup de contrôle social. Celui ou celle, par exemple, qui se permet de poster un commentaire sur le mur d'un ado populaire mais sans le connaître réellement et sans pouvoir se prétendre son « ami » sera sanctionné durement par le groupe de pairs qui vont lui dire qu'il n'a pas le droit de « faire comme si » il était son ami.

Que faire face aux dérives? Faut-il plus de prévention à l'école ou de la part des parents?

Oui, il faut expliquer aux adultes quelles sont les règles et les logiques en vigueur sur Facebook pour qu'ils soient mieux armés face aux conflits qui naissent et se développent sur le réseau social. Quant à la prévention auprès des jeunes, elle doit tenir compte du sens que Facebook a dans leur vie. Il ne suffit pas de leur dire : « fais pas ci, fais pas ça » car l'importance que cet outil a pour leur sociabilité sera encore plus forte. En revanche, on peut entamer un dialogue avec eux autour de ce qu'est le respect sur Facebook, pourquoi ils osent dire plus de choses lorsqu'ils sont devant leur écran - aussi bien des déclarations d'amour que des insultes -, quelles sont leurs limites, ce qui les choque, ce qui leur plaît et pourquoi.

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